Femina opinions – Arbre en lumière

Votre article “Arbre en lumière” (Femina no 24, 11 juin 2006, p. 56-57) semble ignorer une triste réalité : la pollution lumineuse. Ce terme désigne l’ensemble des impacts négatifs de la lumière artificielle sur l’homme et les écosystèmes, dont nos jardins sont des modèles réduits. La lumière artificielle dérègle l’activité des plantes, attire et tue des centaines d’insectes chaque nuit, désoriente les oiseaux migrateurs nocturnes, favorise les insomnies (20 à 30% de la population suisse) et nous prive de la vue des étoiles par manque de contraste. De plus l’électricité nocturne en Suisse est d’origine nucléaire, et on peut se demander si c’est bien raisonnable de léguer à nos arrières petits enfants des déchets radioactifs pour éclairer nos arbres alors que tout le monde dort… ou du moins essaie.

Arnaud Zufferey, Ingénieur EPFL

Paru dans le journal Femina no 27, 2 juillet. Tirage 218’000 ex.

 

Le temps opinions – précisions à l’article “Dans la nuit, des montagnes illuminées”

J’aimerais apporter quelques précisions à votre article intitulé “Dans la nuit, des montagnes illuminées” (Le Temps du jeudi 20 avril 2006, p. 36).

L’éclairage artificiel des montagnes a un nom : la pollution lumineuse. Car cette lumière n’est pas inoffensive. Dans les années 1970 des milliers d’oiseaux sont morts contre une paroi de glace de la Jungfrau éclairée par un simple projecteur publicitaire (Bruno Bruderer, Station ornithologique suisse Sempach). Depuis, les chercheurs ont trouvé de nombreux autres impacts négatifs de l’éclairage artificiel, de quoi remplir les 455 pages du livre “Ecological Consequences of Artificial Night Lighting” paru en novembre 2005.

Contrairement à ce que vous suggérez, ce ne sont pas les écologistes qui ont dénoncé ces pratiques, mais les astronomes. En effet, la pollution lumineuse diminue l’obscurité du ciel nocturne, et prive l’humanité de son ciel étoilé. Aujourd’hui, il n’y a plus un seul kilomètre carré qui ait encore une obscurité naturelle en Suisse. Les montagnes sont les derniers refuges où l’on peut encore y contempler le ciel étoilé. Les stations de montagne feraient mieux d’exploiter ce filon : l’observation des étoiles ne nécessite pas d’autorisation, n’est pas limitée à un soir par semaine, ne détruit pas la nature… Et la beauté et la diversité des étoiles est sans commune mesure avec la banalité affligeante d’une pente enneigée éclairée par un spot.

Arnaud Zufferey, Sierre (VS)

Le Temps a publié ma réponse le jeudi 27 avril (p.19), avec une magnifique carricature en bonus :

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